La mythologie nordique et ses influences sur l’œuvre de Tolkien
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La mythologie nordique influence profondément Tolkien, surtout par les langues, les noms, les motifs héroïques et la vision d'un monde où même les puissances savent qu'elles peuvent être vaincues. Les noms de Gandalf et des Nains du Hobbit viennent directement d'une liste de la Völuspá. Les dragons, les anneaux maudits, les runes et le courage face à la catastrophe appartiennent aussi à un héritage germanique plus vaste. Mais la Terre du Milieu n'est pas une version déguisée de la mythologie scandinave.
Quelles sources nordiques Tolkien connaissait-il ?
Philologue spécialiste des langues germaniques, Tolkien lisait le vieux norrois et étudiait les textes médiévaux dans leur langue. Les principales sources mythologiques comprennent l'Edda poétique, l'Edda de Snorri Sturluson et les sagas islandaises. Il écrivit aussi La Légende de Sigurd et Gudrún, poèmes modernes inspirés des traditions héroïques nordiques, et donna des conférences sur ces matériaux.
La Völuspá contient une liste de noms de nains, le Dvergatal. Tolkien y puise Thorin, Dwalin, Balin, Fili, Kili, Dori, Nori, Ori, Oin, Gloin, Bifur, Bofur et Bombur, ainsi que Durin et Gandalf. Dans le poème, Gandalf est un nom de nain. Tolkien le donne finalement au Magicien après avoir envisagé d'autres répartitions. Les noms sont empruntés, mais les personnages et leur histoire sont les siens.
Gandalf porte un large chapeau, voyage avec un bâton, connaît de nombreux secrets et intervient sous une apparence modeste. Ces traits peuvent rappeler Odin errant déguisé dans les récits nordiques. Tolkien a lui-même décrit Gandalf comme un voyageur odinique dans son apparence. La nature morale et métaphysique du personnage reste toutefois différente : Gandalf est un Maia envoyé pour conseiller, limité par une mission de service.
Les Nains, la forge et la pierre
Les nains nordiques sont associés à la terre, au métal et à la fabrication d'objets puissants. Les Nains de Tolkien partagent ce talent, mais reçoivent une langue, une création par Aulë, sept lignées et une histoire autonome. Tolkien transforme aussi les stéréotypes. Ses Nains ne sont pas de simples artisans surnaturels : ils forment un peuple incarné, avec une mémoire, une religion discrète et des relations politiques complexes.
Fáfnir, dans la légende de Sigurd, devient dragon sous l'effet de l'avidité et garde un trésor lié à une malédiction. Smaug garde lui aussi un trésor volé et utilise une parole rusée. Le dragon de Beowulf constitue une autre influence essentielle sur Le Hobbit. Les traditions nordiques et anglo-saxonnes se croisent donc. Smaug combine plusieurs héritages tout en devenant un personnage original.
Les récits nordiques connaissent plusieurs anneaux remarquables. Andvaranaut est lié à l'or maudit qui nourrit la tragédie des Völsung. Draupnir, anneau d'Odin, se multiplie périodiquement. L'Anneau Unique ne correspond exactement à aucun d'eux. Sa fonction de domination, son lien avec la puissance de Sauron et son effet moral appartiennent au système propre du légendaire.
Les runes
Tolkien utilise des runes dans Le Hobbit, notamment sur la carte de Thrór. Les Cirth de son monde inventé rappellent visuellement les alphabets runiques germaniques, mais possèdent leur propre histoire interne et leurs propres valeurs. Le calendrier runique de la carte combine plaisir philologique et mécanisme narratif. Les runes lunaires ne sont pas une croyance nordique reproduite telle quelle, mais une invention tolkienienne.
Le mot warg vient de l'ancien norrois vargr, « loup » et « hors-la-loi ». Les grands loups Fenrir, Sköll et Hati appartiennent à l'imaginaire du Ragnarök. Les Wargs de Tolkien ne sont pas identifiés à ces êtres. L'emprunt linguistique donne une profondeur ancienne à une race de loups maléfiques propre à la Terre du Milieu.
Ragnarök et courage nordique
Au Ragnarök, les dieux affrontent leurs ennemis tout en connaissant la catastrophe annoncée. Tolkien admirait cette capacité à combattre sans garantie de victoire, parfois appelée théorie du courage nordique. Cette tonalité apparaît chez les Rohirrim, dans la Dernière Alliance et dans la marche vers la Porte Noire. Le récit de Tolkien ajoute cependant une espérance métaphysique que le désastre visible ne peut entièrement supprimer.
Les textes nordiques parlent d'álfar, mais leur nature reste difficile à reconstruire. Tolkien reprend le mot germanique « elf » tout en rejetant l'image moderne de la petite fée. Ses Eldar développent une histoire, des langues et une relation à la mort sans équivalent direct. L'influence nordique aide à restaurer leur grandeur, mais n'explique pas à elle seule leur conception.
Tolkien puise aussi dans le vieil anglais, le finnois, les traditions celtiques, la littérature médiévale, sa foi et sa propre invention linguistique. Isoler une mythologie unique donne une image fausse de sa méthode. Il ne mélange pas des mythes comme un catalogue. Il transforme des sonorités, des structures et des questions anciennes jusqu'à produire une histoire cohérente qui semble posséder ses propres sources perdues.
Ce qu'il faut retenir
L'influence nordique est certaine lorsque les textes et les noms la documentent. Elle devient plus prudente lorsqu'il s'agit de simples ressemblances. Le meilleur moyen de la comprendre est de voir Tolkien comme un philologue créateur : il ne copie pas le passé, il lui donne une nouvelle descendance.
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Sources et lectures de référence
Textes de J.R.R. Tolkien et ouvrages de référence
- Edda poétique, notamment la Völuspá et les poèmes héroïques.
- Snorri Sturluson, Edda.
- J.R.R. Tolkien, La Légende de Sigurd et Gudrún, édition de Christopher Tolkien.
- J.R.R. Tolkien, Le Hobbit, Le Seigneur des Anneaux et Lettres.