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La cosmogonie de Tolkien : la création du monde selon Le Silmarillion

La cosmogonie publiée dans Le Silmarillion repose sur quatre étapes : Eru crée les Ainur, ceux-ci participent à une Grande Musique, Ilúvatar leur montre une vision du monde, puis il donne une existence réelle à Eä. Les Valar descendent ensuite dans Arda et la façonnent malgré les destructions de Melkor. Ce récit paraît stable, mais Tolkien en retravailla longtemps les détails, notamment la forme du monde, l'origine du Soleil et la relation entre mythe et réalité.

L'Ainulindalë, récit de la création

Ainulindalë signifie « Musique des Ainur ». Ce texte ouvre Le Silmarillion publié en 1977. Il ne raconte pas une création matérielle immédiate, mais la naissance d'un dessein musical qui devient vision puis réalité. Les Ainur ne sont pas des dieux créateurs indépendants. Eru leur donne l'existence, propose les thèmes et accomplit finalement l'acte qui fait être le monde.

Melkor cherche la Flamme Impérissable parce qu'il veut créer des êtres qui lui appartiennent. Ne pouvant la trouver, il introduit dans la Musique des thèmes opposés à ceux d'Eru. Ilúvatar répond par de nouveaux thèmes et montre que la rébellion ne peut produire un résultat entièrement extérieur à son dessein. Melkor reste néanmoins responsable de la souffrance qu'il choisit d'introduire.

La vision du monde

Après la Musique, les Ainur voient l'histoire d'Arda. Ils découvrent les Elfes et les Hommes, ajoutés par Eru et non conçus par eux. La vision s'interrompt avant la fin. Les Ainur connaissent donc des fragments de l'avenir, mais pas la totalité du temps ni tous les choix des Enfants d'Ilúvatar.

Eru prononce « Eä », « Que cela soit », et le Monde qui est commence d'exister. Eä désigne l'univers, tandis qu'Arda est le monde destiné aux Elfes et aux Hommes. La Terre du Milieu n'est qu'une partie d'Arda. Aman, Númenor avant sa chute et les mers appartiennent au même monde. Les Ainur qui entrent dans Eä acceptent d'y rester jusqu'à l'accomplissement du monde. Les plus grands sont appelés Valar et les autres Maiar.

Ils façonnent Arda dans le temps. Aulë travaille la matière, Ulmo les eaux, Manwë les airs et Yavanna les plantes. Leur création est une mise en forme, non une production de vie indépendante à partir du néant.

Arda Marred, le monde blessé

Melkor veut régner sur Arda. Il détruit les œuvres des Valar, élève des montagnes, brise les Lampes et disperse sa puissance dans la matière même du monde. Les textes tardifs parlent d'Arda Marrie ou blessée. Le mal devient une corruption diffuse dont aucun lieu matériel n'est totalement exempt.

Dans la version publiée, les Deux Lampes éclairent d'abord Arda. Après leur destruction, les Valar fondent Valinor et Yavanna fait naître les Deux Arbres. Melkor et Ungoliant détruisent les Arbres. Leur dernière fleur et leur dernier fruit deviennent la Lune et le Soleil, qui se lèvent à la fin du Premier Âge des Arbres.

Dans l'Akallabêth publiée, Arda est d'abord plate. Lorsque Ar-Pharazôn attaque Aman, Eru retire les Terres Immortelles et transforme le monde en sphère pour les navigateurs mortels. Seule la Route Droite reste accessible aux navires elfiques. Ce changement donne une forme cosmologique à la séparation croissante entre le monde visible et l'Ouest.

Les révisions du « monde rond »

Tolkien fut insatisfait d'une Terre historiquement plate et envisagea tardivement qu'Arda ait toujours été ronde. Il tenta alors de réinterpréter les récits du Soleil, de la Lune et des Arbres comme des traditions elfiques imparfaites. Ces révisions publiées dans Morgoth's Ring restent inachevées et parfois incompatibles avec les récits établis. Christopher Tolkien conserva donc pour le Silmarillion la structure mythique la plus cohérente.

J.R.R. Tolkien n'acheva pas une version définitive du Silmarillion. Christopher sélectionna, combina et relia plusieurs textes afin de produire un récit continu. La cosmogonie publiée est fidèle à des écrits de son père, mais sa cohérence finale dépend d'un travail éditorial. Lire L'Histoire de la Terre du Milieu permet de suivre les variantes sans considérer chaque brouillon comme simultanément vrai.

Ce qu'il faut retenir

La cosmogonie de Tolkien est un récit sur la création partagée et ses limites. La musique permet la diversité, Eru garantit l'existence et Melkor cherche à transformer la contribution en possession. Les variantes tardives ne détruisent pas ce cœur : elles montrent un auteur qui continuait à interroger la relation entre mythe, science et histoire.

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Sources et lectures de référence

Textes de J.R.R. Tolkien et ouvrages de référence

  • J.R.R. Tolkien, Le Silmarillion, « Ainulindalë », « Valaquenta » et « Akallabêth ».
  • J.R.R. Tolkien, Morgoth's Ring, « Ainulindalë » et « Myths Transformed ».
  • J.R.R. Tolkien, Le Livre des contes perdus I, « La Musique des Ainur ».

Ressources complémentaires

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