isildur contre sauron

Isildur : héros de la Dernière Alliance ou responsable de la survie de Sauron ?

Isildur est souvent réduit à une seule décision : celle de ne pas détruire l’Anneau Unique après la défaite de Sauron. Les films de Peter Jackson ont gravé cette image dans les mémoires, avec Elrond conduisant Isildur jusque dans les Sammath Naur avant de le voir refuser de jeter l’Anneau dans le feu. Dans les textes de Tolkien, l’histoire est plus complexe.

Isildur fut à la fois un prince de Númenor, l’un des fondateurs du Gondor, un héros de la Dernière Alliance et l’ancêtre direct d’Aragorn. Il commit aussi une erreur capitale en conservant l’Anneau. Comprendre son parcours permet de dépasser le portrait d’un homme faible et de découvrir une figure tragique, déjà prise au piège d’un objet dont presque personne ne mesurait encore pleinement la puissance.

Un prince fidèle face à la corruption de Númenor

Isildur naquit à Númenor, dans la lignée d’Elros, le frère mortel d’Elrond. Son père Elendil appartenait aux Fidèles, les Númenóréens qui continuaient d’honorer les Valar et de respecter l’amitié avec les Elfes. Cette fidélité devint dangereuse lorsque les rois de Númenor se détournèrent progressivement de l’Ouest.

L’un des épisodes les plus révélateurs de sa jeunesse concerne Nimloth, l’Arbre Blanc de Númenor. Lorsque Sauron, devenu le conseiller d’Ar-Pharazôn, demanda sa destruction, Isildur pénétra secrètement dans la cour royale et déroba un fruit de l’arbre. Il fut grièvement blessé pendant sa fuite, mais le fruit permit de préserver la lignée de Nimloth. Bien plus tard, cette lignée donnerait l’Arbre Blanc du Gondor.

Ce geste montre un Isildur courageux, prêt à risquer sa vie pour sauver un symbole de l’alliance entre les Númenóréens, les Elfes et les Valar. Il est donc difficile de le présenter comme un personnage dominé depuis toujours par l’orgueil ou la lâcheté.

La chute de Númenor et la fondation des Royaumes en Exil

Quand Ar-Pharazôn lança sa flotte contre Aman, Elendil, Isildur, Anárion et les Fidèles se préparèrent à fuir. La Submersion de Númenor détruisit l’île, mais neuf navires échappèrent au cataclysme. Elendil fut poussé vers le nord de la Terre du Milieu, tandis qu’Isildur et Anárion abordèrent plus au sud.

Les survivants fondèrent les Royaumes en Exil en l’an 3320 du Deuxième Âge. Elendil établit l’Arnor au nord. Ses fils fondèrent ensemble le Gondor au sud. Isildur s’installa à Minas Ithil, la future Minas Morgul, tandis qu’Anárion gouvernait depuis Minas Anor, qui deviendrait Minas Tirith. Osgiliath, située entre les deux cités, servait de capitale commune.

Lorsque Sauron attaqua le Gondor, il prit Minas Ithil et brûla l’Arbre Blanc. Isildur réussit toutefois à sauver un nouveau plant avant de gagner le nord par la mer. Il rejoignit Elendil et participa ensuite à la formation de la Dernière Alliance des Elfes et des Hommes.

Quel rôle Isildur joua-t-il dans la défaite de Sauron ?

La Dernière Alliance réunit principalement les forces d’Elendil et de Gil-galad, le Haut Roi des Noldor. Après la victoire de Dagorlad, leurs armées assiégèrent Barad-dûr pendant sept années. Anárion mourut au cours du siège.

À la fin du conflit, Sauron sortit lui-même de sa forteresse. Elendil et Gil-galad l’affrontèrent et parvinrent à le renverser, mais ils furent tous deux tués. Isildur utilisa alors les fragments de Narsil, l’épée brisée de son père, pour couper l’Anneau de la main de Sauron. Privé de l’objet dans lequel il avait placé une part considérable de sa puissance, Sauron fut vaincu et perdit sa forme corporelle.

Isildur n’abattit donc pas seul Sauron lors d’un duel victorieux. Elendil et Gil-galad accomplirent l’essentiel du combat au prix de leur vie. Mais Isildur joua bien un rôle décisif en séparant le Seigneur des Ténèbres de l’Anneau Unique.

Pourquoi Isildur ne détruisit-il pas l’Anneau Unique ?

Dans Le Seigneur des Anneaux, Elrond et Círdan conseillent à Isildur de détruire l’Anneau. Il refuse et le revendique comme compensation pour la mort de son père et de son frère. Il le considère alors comme un héritage personnel et comme le trophée de la victoire.

Le roman ne décrit cependant pas la scène précise montrée dans les films, où Elrond accompagne Isildur au bord du feu de la Montagne du Destin. Cette séquence condense l’enjeu pour le cinéma, mais elle ne doit pas être confondue avec le récit écrit par Tolkien.

Isildur ignorait également une partie de ce que les lecteurs savent. L’Anneau n’avait encore corrompu personne pendant des siècles sous les yeux des Sages. Sa capacité à dominer les volontés et à revenir vers Sauron n’était pas pleinement comprise. Cela ne rend pas le choix d’Isildur juste, mais cela le replace dans son contexte.

Isildur voulait-il finalement abandonner l’Anneau ?

Un texte développé dans Contes et légendes inachevés apporte une nuance importante. Peu avant sa mort, Isildur reconnaît qu’il ne possède pas la force nécessaire pour maîtriser l’Anneau. Il se rend vers le nord et envisage de demander conseil à Elrond. Le texte suggère qu’il était désormais disposé à remettre l’objet aux gardiens des Trois Anneaux.

Cette version appartient à un texte posthume édité par Christopher Tolkien. Elle ne transforme pas Isildur en homme immunisé contre la corruption, mais montre qu’il commençait à comprendre son erreur. Son repentir arrive malheureusement trop tard.

Le désastre des Champs aux Iris

Après avoir organisé le Gondor et confié son gouvernement à Meneldil, fils d’Anárion, Isildur prit la route du nord. Il souhaitait rejoindre l’Arnor, dont il était devenu le roi, et retrouver sa femme ainsi que son plus jeune fils Valandil, resté à Fondcombe.

Près des Champs aux Iris, sa troupe fut attaquée par une importante force d’Orques. Isildur et ses trois fils aînés furent tués. Dans l’espoir d’échapper au massacre, Isildur passa l’Anneau à son doigt et plongea dans l’Anduin. Mais l’Anneau glissa de sa main. Redevenu visible, Isildur fut abattu par les Orques.

L’Anneau resta au fond du fleuve pendant plus de deux millénaires, jusqu’à sa découverte par Déagol et Sméagol. Cette perte permit à Sauron de survivre, mais elle empêcha aussi qu’un nouveau maître tente immédiatement d’utiliser l’Anneau.

L’héritage d’Isildur mène directement à Aragorn

Valandil, le seul fils survivant d’Isildur, devint roi d’Arnor. Sa lignée se poursuivit à travers les rois d’Arthedain, puis les Chefs des Dúnedain du Nord. Aragorn descend donc directement d’Isildur.

Cet héritage n’est pas seulement biologique. Aragorn porte les fragments de Narsil, restaurée sous le nom d’Andúril. Il revendique la royauté des deux Royaumes en Exil et réussit là où l’histoire d’Isildur avait été interrompue : il réunit l’Arnor et le Gondor sous une même couronne.

Les films insistent beaucoup sur la crainte d’Aragorn de reproduire la faiblesse de son ancêtre. Dans le roman, Aragorn accepte plus tôt son identité et son droit royal. Isildur demeure néanmoins central, car sa victoire, son erreur et sa descendance structurent toute l’histoire du Troisième Âge.

Isildur était-il un héros ou le responsable du retour de Sauron ?

Il était les deux, mais aucun de ces mots ne suffit seul. Isildur sauva la lignée de l’Arbre Blanc, fonda le Gondor, combattit pendant la Dernière Alliance et sépara Sauron de l’Anneau. Il conserva ensuite un objet qu’il aurait dû détruire, permettant au pouvoir du Seigneur des Ténèbres de subsister.

Son histoire est celle d’un grand homme confronté à une tentation plus forte qu’il ne le pensait. Tolkien ne fait pas de lui un simple avertissement moral. Il en fait le premier porteur tragique de l’Anneau après Sauron, ainsi que le point de départ d’une lignée qui contribuera finalement à réparer son échec.

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Sources et lectures de référence

Textes de J.R.R. Tolkien

  • Le Silmarillion, « Akallabêth » et « Les Anneaux de Pouvoir et le Troisième Âge ».
  • Le Seigneur des Anneaux, « Le Conseil d’Elrond » et les appendices A et B.
  • Contes et légendes inachevés, « Le Désastre des Champs aux Iris ».

Ressources complémentaires

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