L'histoire de Gríma
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Gríma, surnommé Langue-de-Serpent, n'est ni un grand guerrier ni un sorcier. Il exerce pourtant un pouvoir redoutable : celui d'affaiblir un royaume par les mots, la peur et l'isolement de son souverain. Conseiller du roi Théoden, il sert secrètement Saruman et transforme la cour d'Edoras en lieu de soupçon.
Son histoire est aussi celle d'une servitude. Gríma choisit la trahison, mais Saruman le méprise, l'utilise et finit par l'humilier publiquement. Tolkien ne l'innocente pas. Il montre cependant comment un homme corrompu peut devenir à son tour prisonnier du maître qu'il a servi.
Un homme du Rohan au service de Saruman
Le passé de Gríma reste peu documenté. Il est un Homme du Rohan et devient conseiller de Théoden. Son accès quotidien au roi lui donne une influence que les armées de Saruman ne pourraient obtenir seules. Il ralentit les décisions, détourne les informations et présente toute action énergique comme une menace.
Gandalf comprend qu'il agit pour Isengard. Le surnom anglais Wormtongue associe sa parole au serpent et au ver, images de ruse et de bassesse. Le pouvoir de Gríma ne repose pas sur un enchantement clairement défini. Saruman possède une voix dotée d'une force particulière, mais l'affaiblissement de Théoden combine vraisemblablement vieillesse, désespoir, mensonges et manipulation.
Lorsque Gandalf revient à Edoras, Théoden est assis dans une salle sombre, séparé de ses soutiens les plus loyaux. Éomer a été emprisonné sur les conseils de Gríma. Les nouvelles de guerre sont minimisées ou présentées de manière à paralyser le roi.
Gandalf confronte Gríma et rend au souverain la conscience de sa dignité. Dans le roman, la transformation est moins un rajeunissement magique spectaculaire que le retour de la volonté. Théoden se lève, saisit son épée et choisit d'agir. Gríma perd son pouvoir dès que le roi accepte de regarder le monde sans son filtre.
Théoden lui offre alors un choix : accompagner les Rohirrim au combat pour prouver sa fidélité, ou partir. Gríma fuit vers Isengard. Cette possibilité de revenir au devoir rend sa décision plus nette. Il préfère encore le maître qui lui a promis une récompense.
Son désir pour Éowyn
Gandalf et Éomer laissent entendre que Gríma convoite Éowyn. Saruman lui aurait promis une récompense liée à elle. Cette convoitise ajoute une dimension personnelle à sa trahison. Il ne cherche pas seulement une position politique, mais traite la nièce du roi comme un objet qui pourrait lui être livré.
Éowyn a vécu pendant des années dans la maison malade de Théoden, sous le regard de Gríma. Son sentiment d'enfermement prend ainsi une dimension plus sombre. Le texte ne développe pas de scène directe entre eux comparable à certaines adaptations, mais la menace est claire. Gríma arrive à Isengard après sa défaite politique à Edoras. Saruman vient lui-même d'être vaincu par les Ents. Lorsque Théoden, Gandalf et leurs compagnons se présentent devant Orthanc, Gríma se trouve avec son maître dans la tour.
Saruman tente encore d'utiliser sa voix pour diviser ses adversaires. Gandalf lui offre une chance de quitter Orthanc et de contribuer à réparer le mal. Il refuse. Gríma jette alors le Palantír depuis une fenêtre, peut-être en visant Saruman ou Gandalf. L'objet manque sa cible et permet à Aragorn de récupérer une ressource capitale.
Ce geste illustre l'ironie de son parcours. En voulant nuire, Gríma fournit aux ennemis de Sauron la pierre qui permettra à Aragorn de provoquer le Seigneur des Ténèbres et d'accélérer son attaque.
Gríma après la chute de Saruman
Dans le roman, Saruman et Gríma quittent finalement Isengard sous surveillance. Gandalf leur laisse encore la liberté de choisir une autre voie. Ils errent, puis gagnent la Comté. Saruman y organise un régime de peur sous le nom de Sharcoux, aidé par des hommes brutaux et par Gríma.
Lorsque les quatre Hobbits reviennent, ils libèrent leur pays. Frodon refuse de tuer Saruman et lui ordonne de partir. Il découvre alors que Gríma a assassiné Lotho Sacquet de Besace, et Saruman insinue qu'il l'a peut-être mangé. L'humiliation atteint son point le plus extrême lorsque Saruman lui donne un coup de pied et le traite comme un animal.
La mort de Gríma
Frodon s'adresse à Gríma avec pitié. Il lui affirme qu'il n'est pas obligé de suivre Saruman et lui propose nourriture et repos. Pendant un instant, Gríma hésite. Saruman détruit cette possibilité en révélant son crime et en l'accablant de mépris.
Gríma tranche alors la gorge de Saruman. Des archers hobbits le tuent presque aussitôt. Cette fin n'est pas une rédemption complète. Son geste naît autant de la rage et de l'humiliation que d'un retour moral. Mais le dernier acte de Saruman consiste à provoquer la violence qui le détruit, après avoir refusé toutes les chances de pardon.
Brad Dourif interprète Gríma comme une présence pâle et inquiétante à Edoras. Les films rendent plus explicite son rôle dans l'état de Théoden et sa convoitise envers Éowyn. Sa mort diffère : dans la version longue du Retour du Roi, il poignarde Saruman au sommet d'Orthanc puis est tué par une flèche de Legolas.
Cette scène déplace la conclusion de leur histoire hors de la Comté, puisque le nettoyage de la Comté n'est pas adapté. Elle conserve toutefois le mécanisme central : après une dernière humiliation, le serviteur se retourne contre son maître.
Ce que représente Langue-de-Serpent
Gríma incarne le pouvoir d'une parole qui ne persuade pas ouvertement, mais use les capacités de résistance. Il isole Théoden, transforme la prudence en passivité et présente la loyauté d'Éomer comme une menace. Sa méthode ressemble à celle de Saruman à une échelle réduite.
Son parcours avertit aussi que servir un dominateur ne donne jamais la liberté promise. Saruman ne le respecte pas parce qu'il a trahi les siens. Il le tient précisément par sa honte, ses crimes et son absence d'autre refuge. Les occasions offertes par Théoden, Gandalf puis Frodon montrent que la porte du retour existe longtemps. Gríma la refuse jusqu'à ce que sa colère ne puisse plus produire qu'une dernière mort.
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Sources et lectures de référence
Textes de J.R.R. Tolkien et ouvrages de référence
- J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, « Le Roi du Château d'Or ».
- J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, « La Voix de Saruman » et « Le nettoyage de la Comté ».
- J.R.R. Tolkien, Contes et légendes inachevés, textes sur l'Isen et le Rohan.
- Christopher Tolkien, Sauron Defeated, histoire de la fin de Saruman.