glorfindel contre le balrog

Glorfindel : comment un Elfe mort à Gondolin est-il revenu en Terre du Milieu ?

Glorfindel occupe relativement peu de pages dans Le Seigneur des Anneaux, mais il fait partie des Elfes les plus puissants encore présents en Terre du Milieu à la fin du Troisième Âge. Il retrouve Aragorn et les Hobbits sur la route de Fondcombe, affronte la présence des Nazgûl et aide Frodon à échapper aux Spectres de l’Anneau.

Un problème fascinant apparaît pourtant lorsqu’on remonte aux récits du Premier Âge : un Elfe nommé Glorfindel meurt plusieurs milliers d’années auparavant en combattant un Balrog pendant la chute de Gondolin. Tolkien avait-il simplement réutilisé le même nom, ou s’agissait-il du même personnage revenu d’entre les morts ? Ses textes tardifs donnent une réponse, tout en laissant quelques détails ouverts.

Glorfindel, seigneur de la Fleur d’Or à Gondolin

Glorfindel apparaît d’abord dans la plus ancienne version de La Chute de Gondolin, rédigée par Tolkien pendant la Première Guerre mondiale. Il est le chef de la Maison de la Fleur d’Or, l’une des grandes maisons de la cité cachée de Turgon.

Lorsque les armées de Morgoth découvrent et attaquent Gondolin, Glorfindel participe à sa défense. La cité finit pourtant par tomber sous l’assaut des Orques, des Dragons et des Balrogs tels qu’ils étaient alors conçus dans les premiers récits de Tolkien. Un groupe de survivants mené par Tuor et Idril parvient à s’échapper par un passage secret.

Dans les montagnes, un Balrog attaque les fugitifs. Glorfindel l’affronte pour protéger leur retraite. Les deux adversaires basculent dans le vide et meurent au cours de leur chute. Le grand Aigle Thorondor récupère ensuite le corps de l’Elfe, qui est enseveli sous un tertre de pierres.

Cette mort donne à Glorfindel une dimension héroïque majeure. Son sacrifice permet aux survivants de Gondolin de poursuivre leur route, parmi lesquels se trouve Eärendil, encore enfant. Or Eärendil jouera plus tard un rôle décisif dans la chute de Morgoth.

Pourquoi Glorfindel apparaît-il de nouveau dans Le Seigneur des Anneaux ?

Des décennies après avoir écrit la première chute de Gondolin, Tolkien utilisa de nouveau le nom de Glorfindel dans Le Seigneur des Anneaux. Cet Elfe vit à Fondcombe auprès d’Elrond et possède une puissance que même les Nazgûl redoutent.

Il part à la recherche d’Aragorn et des Hobbits après l’attaque du Mont Venteux. Lorsqu’il les retrouve, Frodon souffre encore de la blessure infligée par la lame de Morgul du Roi-Sorcier. Glorfindel place le Hobbit sur son cheval Asfaloth et l’envoie vers le gué de Bruinen.

Dans le roman, c’est donc Glorfindel, et non Arwen, qui intervient pendant cette partie du voyage. L’adaptation de Peter Jackson a transféré son rôle à Arwen afin de présenter plus tôt le personnage et de renforcer sa place dans le récit.

Pourquoi les Nazgûl craignent-ils Glorfindel ?

Glorfindel ne se contente pas d’être un excellent guerrier. Il appartient aux Elfes qui ont vécu dans le Royaume Béni et dont la présence se manifeste avec une force particulière dans le monde invisible.

Au gué, Frodon, déjà entraîné vers le monde des Spectres par sa blessure, perçoit Glorfindel comme une figure lumineuse. Gandalf explique ensuite que les Elfes ayant vécu en Aman existent avec puissance dans les deux dimensions. Glorfindel peut donc s’opposer aux serviteurs invisibles de Sauron d’une manière inaccessible à un combattant ordinaire.

Son autorité apparaît également lors du Conseil d’Elrond. Il participe aux débats sur le sort de l’Anneau et comprend qu’aucun lieu de la Terre du Milieu ne pourra le garder éternellement hors de portée de Sauron.

Les deux Glorfindel sont-ils vraiment le même Elfe ?

Au moment de la rédaction du Seigneur des Anneaux, Tolkien semble avoir repris le nom sans avoir immédiatement résolu la question. Les noms elfiques importants ne sont normalement pas attribués au hasard à plusieurs personnages, surtout lorsqu’ils appartiennent tous deux aux Noldor.

Dans des notes tardives, Tolkien conclut que le Glorfindel de Gondolin et celui de Fondcombe sont bien le même individu. Après sa mort, l’esprit de Glorfindel se rendit dans les Cavernes de Mandos, comme celui des autres Elfes morts. En raison de son sacrifice et de sa noblesse, il fut finalement réincarné et retrouva un corps en Aman.

La réincarnation des Elfes n’est pas une résurrection humaine au sens habituel. Les Elfes sont liés à Arda jusqu’à la fin du monde. Après leur mort, leurs esprits peuvent demeurer en Mandos puis, selon le jugement des Valar, reprendre une forme corporelle.

Quand Glorfindel revint-il en Terre du Milieu ?

Tolkien envisagea que Glorfindel fût renvoyé en Terre du Milieu avec une mission particulière. Les textes tardifs l’associent à un retour au cours du Deuxième Âge, mais les détails et la date exacte ne sont pas fixés de manière parfaitement uniforme.

Une note propose qu’il soit revenu vers l’an 1600 du Deuxième Âge, à l’époque où l’Anneau Unique fut forgé. Une autre possibilité le rapproche de l’arrivée des Mages Bleus. Ces idées appartiennent à la phase tardive du travail de Tolkien et n’ont jamais été intégrées dans un récit définitif publié de son vivant.

Le point le plus solide reste donc le suivant : Tolkien choisit finalement d’identifier les deux Glorfindel et expliqua sa présence au Troisième Âge par une réincarnation suivie d’un retour depuis Aman.

Glorfindel et la chute du royaume d’Angmar

Bien avant la Guerre de l’Anneau, Glorfindel intervient dans l’un des conflits majeurs du nord. En 1975 du Troisième Âge, une armée du Gondor et des Elfes bat les forces d’Angmar près de Fornost.

Le Roi-Sorcier tente de fuir, puis revient affronter le prince Eärnur. Le cheval de ce dernier prend peur, mais Glorfindel s’avance. Le chef des Nazgûl refuse le combat et disparaît vers le nord. Glorfindel prononce alors une prédiction célèbre : le Roi-Sorcier ne tombera pas de la main d’un homme.

Des siècles plus tard, cette annonce trouve son accomplissement lors de la bataille des Champs du Pelennor. Merry contribue à briser la protection du Nazgûl avec sa lame venue des Hauts des Galgals, puis Éowyn porte le coup fatal. La prophétie n’indiquait pas qu’aucun être masculin ne pouvait le tuer comme une règle magique absolue. Elle annonçait plutôt les circonstances de sa fin.

Pourquoi Glorfindel ne rejoint-il pas la Communauté de l’Anneau ?

La question revient souvent : si Glorfindel est assez puissant pour effrayer les Nazgûl, pourquoi ne fait-il pas partie des neuf compagnons ?

La mission de la Communauté ne repose pas sur la force brute. Elle dépend du secret, de la discrétion et de la capacité à atteindre le Mordor sans provoquer une confrontation directe avec Sauron. Gandalf souligne qu’un grand seigneur elfe ne pourrait pas prendre d’assaut la Tour Sombre ni ouvrir seul le chemin vers la Montagne du Destin.

Le choix de neuf marcheurs répond aussi symboliquement aux neuf Nazgûl. Elrond décide que les représentants des Peuples Libres accompagneront Frodon, tandis que Merry et Pippin complètent finalement le groupe. La puissance de Glorfindel aurait été réelle, mais elle n’aurait pas remplacé la nature particulière de la quête.

Un personnage à la croisée de toute l’histoire de Tolkien

Glorfindel relie presque toutes les grandes époques de la Terre du Milieu. Il combat lors de la chute de Gondolin, revient depuis Aman, participe à la défaite d’Angmar et protège le porteur de l’Anneau à la veille de la guerre finale contre Sauron.

Son histoire montre aussi comment le légendaire de Tolkien évoluait. Un nom réutilisé au cours de la rédaction devint progressivement l’occasion d’approfondir la destinée des Elfes après la mort. Glorfindel n’est donc pas seulement un héros oublié des films. Il est l’un des rares personnages dont le parcours traverse la mort, le Royaume Béni et plusieurs Âges de la Terre du Milieu.

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Sources et lectures de référence

Textes de J.R.R. Tolkien

  • Le Seigneur des Anneaux, « Fuite vers le Gué », « Nombreuses rencontres », « Le Conseil d’Elrond » et l’appendice A.
  • Le Livre des contes perdus, deuxième partie, « La Chute de Gondolin ».
  • La Chute de Gondolin, édité par Christopher Tolkien.
  • The Peoples of Middle-earth, « Last Writings », pour les textes tardifs consacrés à Glorfindel.

Ressources complémentaires

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