Les Corsaires d’Umbar : qui sont réellement les ennemis venus du Sud ?
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Lorsque les armées de Sauron attaquent Minas Tirith, une autre menace approche par le sud : la flotte des Corsaires d’Umbar. Le Gondor doit retenir ses soldats dans les régions côtières, tandis que les habitants de la cité craignent de voir les voiles noires remonter l’Anduin.
Les Corsaires sont souvent présentés comme de simples pirates alliés au Mordor. Leur histoire est pourtant beaucoup plus ancienne. Umbar fut une grande base númenóréenne, une possession du Gondor, le refuge de rebelles issus d’une guerre civile et enfin le centre maritime de plusieurs puissances hostiles. Tous ceux qui utilisèrent son port n’appartenaient donc pas au même peuple ni à la même époque.
Umbar, le grand port númenóréen du Sud
Umbar se situe sur la côte, loin au sud du Gondor. Sa baie naturelle en fit très tôt un emplacement stratégique pour les navigateurs de Númenor. Le havre fut fortifié au cours du Deuxième Âge et devint l’un des principaux points d’appui númenóréens en Terre du Milieu.
À mesure que Númenor se détourna des Valar, plusieurs de ses colonies furent dominées par les Hommes du Roi. Après la Submersion de l’île, certains descendants de ces Númenóréens hostiles aux Fidèles furent connus sous le nom de Númenóréens Noirs. Umbar resta l’un de leurs principaux centres.
C’est également dans ce port qu’Ar-Pharazôn débarqua en 3261 du Deuxième Âge avec une armée si puissante que les serviteurs de Sauron prirent la fuite. Sauron se rendit et fut emmené prisonnier à Númenor, où il provoqua ensuite la corruption du roi et la ruine de l’île.
Après la victoire de la Dernière Alliance, les Dúnedain élevèrent à Umbar un monument commémorant cette humiliation de Sauron. Il fut plus tard détruit lorsque le port passa durablement sous le contrôle des ennemis du Gondor.
La conquête d’Umbar par le Gondor
Au début du Troisième Âge, le Gondor connut une période d’expansion maritime. Le roi Eärnil Ier prit Umbar en 933. Les anciennes forces du port tentèrent de le reprendre et maintinrent un long siège au cours duquel le roi Ciryandil fut tué.
Son fils Ciryaher finit par écraser les armées venues du Harad en 1050. Après cette victoire, il prit le nom de Hyarmendacil, qui signifie « Vainqueur du Sud ». Le Gondor atteignit alors l’un des sommets de sa puissance.
Umbar ne fut donc pas toujours l’ennemie de Minas Tirith. Pendant plusieurs siècles, elle appartint au royaume et servit sa domination navale. La rupture décisive vint d’un conflit intérieur au Gondor.
La Lutte Fratricide, une guerre civile qui donna naissance aux Corsaires
Au XVe siècle du Troisième Âge, la succession du roi Valacar provoqua une crise. Son fils Eldacar avait une mère issue des Hommes du Nord. Une partie de la noblesse gondorienne refusa qu’un héritier considéré comme moins pur monte sur le trône.
La rébellion fut menée par Castamir, capitaine des navires et parent de la maison royale. Il s’empara de la couronne et fit exécuter Ornendil, le fils d’Eldacar. Son gouvernement brutal lui aliéna cependant une partie de la population.
Eldacar revint avec des alliés du Nord et tua Castamir lors de la bataille des Gués de l’Erui. Les fils du rebelle résistèrent à Pelargir avant de fuir vers Umbar avec leurs partisans et une partie de la flotte.
À partir de 1448, ces exilés et leurs descendants furent connus comme les Corsaires d’Umbar. Ils n’étaient donc pas initialement des étrangers sans lien avec le Gondor. Ils provenaient en grande partie d’une faction gondorienne vaincue, héritière elle aussi de Númenor.
Des siècles de raids contre le Gondor
Depuis Umbar, les descendants de Castamir revendiquèrent les territoires du sud et menèrent une guerre maritime contre le Gondor. Leur connaissance des navires, des ports et des défenses gondoriennes rendait cette menace particulièrement dangereuse.
En 1634, les arrière-petits-fils de Castamir, Angamaitë et Sangahyando, attaquèrent Pelargir. Le roi Minardil fut tué pendant le raid. Cette attaque illustre la capacité des Corsaires à frapper directement l’un des principaux ports du royaume.
En 1810, le roi Telumehtar lança une grande offensive contre Umbar. Il prit la ville et tua les derniers descendants connus de Castamir. Il reçut alors le surnom d’Umbardacil, « Vainqueur d’Umbar ».
Cette victoire ne mit pourtant pas fin à la menace maritime. Au fil des siècles suivants, Umbar repassa sous l’influence des peuples du Harad et redevint une base hostile. Le mot « Corsaires » finit ainsi par désigner les marins et combattants du port sans impliquer qu’ils descendaient tous directement des rebelles gondoriens.
Les Corsaires sont-ils des Haradrim ou des Númenóréens Noirs ?
Il n’existe pas une réponse unique valable pour toute l’histoire d’Umbar. La cité changea plusieurs fois de maîtres et accueillit des populations différentes.
Au Deuxième Âge, elle fut fortement associée aux Hommes du Roi et aux Númenóréens Noirs. Après la Lutte Fratricide, les Corsaires étaient surtout les partisans de Castamir et leurs descendants. Plus tard, le port fut lié aux Haradrim et aux alliés méridionaux de Sauron.
Il faut donc éviter de confondre automatiquement les Corsaires, les Haradrim et les Númenóréens Noirs. Ces groupes ont pu s’allier, se mêler ou occuper la même région à des périodes différentes, mais Tolkien ne les présente pas comme un seul peuple parfaitement homogène.
Pourquoi la flotte d’Umbar est-elle si dangereuse pendant la Guerre de l’Anneau ?
À la fin du Troisième Âge, les Corsaires préparent une vaste flotte pour soutenir l’offensive de Sauron. Leur menace oblige les provinces du sud du Gondor à conserver des forces pour protéger leurs côtes. C’est l’une des raisons pour lesquelles moins de soldats peuvent rejoindre Minas Tirith avant la bataille des Champs du Pelennor.
Aragorn comprend que la guerre ne pourra être gagnée si cette flotte atteint la cité. Il emprunte les Chemins des Morts avec Legolas, Gimli et les Dúnedain du Nord. L’Armée des Morts le suit jusqu’à Pelargir.
Dans le roman, les Morts ne combattent pas directement sur les Champs du Pelennor. Leur terreur suffit à chasser les Corsaires de leurs navires. Aragorn libère alors les parjures de leur serment. Les galères sont ensuite occupées par les Dúnedain, les hommes du Gondor libérés et les combattants des régions côtières.
Lorsque les voiles noires apparaissent sur l’Anduin, les défenseurs de Minas Tirith croient d’abord que leurs ennemis arrivent. Aragorn déploie finalement l’étendard royal et débarque avec des renforts. La flotte destinée à achever le Gondor devient ainsi l’instrument de son salut.
Ce que les films ont changé
Dans Le Retour du Roi de Peter Jackson, Aragorn conduit l’Armée des Morts jusqu’au champ de bataille, où elle détruit une grande partie des forces de Sauron. Cette modification simplifie le déroulement militaire et donne aux Morts une intervention spectaculaire.
Le livre insiste davantage sur les peuples humains du Gondor. Les Morts permettent de prendre les navires, mais ce sont ensuite Aragorn et les renforts du sud qui combattent à Minas Tirith. Ce choix évite que la victoire soit obtenue par une armée invincible et souligne le rassemblement progressif des forces libres.
Umbar, miroir sombre de l’héritage de Númenor
Le Gondor et Umbar partagent une partie de leurs origines. Tous deux portent l’héritage de Númenor, mais cet héritage s’est divisé entre les Fidèles, les Hommes du Roi et les descendants de conflits plus tardifs.
Les Corsaires ne représentent donc pas seulement une menace venue d’un Sud lointain. Ils rappellent les anciennes fractures des Númenóréens et la guerre civile du Gondor. Derrière leurs voiles noires se trouve une rivalité familiale et politique vieille de plusieurs siècles, que Sauron sut exploiter pendant la Guerre de l’Anneau.
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Sources et lectures de référence
Textes de J.R.R. Tolkien
- Le Seigneur des Anneaux, « Le Passage de la Compagnie Grise », « La Bataille des Champs du Pelennor » et « Le Dernier Débat ».
- Le Seigneur des Anneaux, appendice A, « Le Gondor et les héritiers d’Anárion ».
- Le Silmarillion, « Akallabêth » et « Les Anneaux de Pouvoir et le Troisième Âge ».